L’économie mondiale a bien résisté ces dernières années malgré les vents contraires liés à la hausse des taux d’intérêt. Toutefois, comme l’inflation se rapproche désormais des objectifs des banques centrales, le contexte a évolué vers une détente monétaire, ce qui devrait stimuler l’activité économique. Bien que le programme de Donald Trump demeure très incertain à ce stade, nous savons que le président élu privilégie une croissance économique centrée sur les États-Unis, une baisse des impôts et une plus grande déréglementation. Une telle combinaison pourrait raviver la confiance et susciter un regain d’optimisme. À notre avis, les probabilités d’une récession ont diminué au cours des derniers mois dans un contexte marqué par des données économiques meilleures que prévu, une stabilisation des indicateurs avancés et la résilience du marché du travail (figures 1 et 2). Dans ce contexte, nous prévoyons seulement 25 % de risque d’un léger repli économique, et une probabilité beaucoup plus élevée de 75 % que les économies parviennent à un atterrissage en douceur et continuent de croître au cours de notre horizon de prévision d’un an.
Figure 1 : Indices mondiaux des directeurs des achats
Figure 2 : Taux de chômage aux États-Unis
Nous reconnaissons que l’éventail de résultats possibles autour de notre scénario de base favorable est relativement vaste en raison de divers risques. Les tensions géopolitiques se sont intensifiées au Moyen-Orient ainsi qu’entre la Russie et l’Ukraine. La croissance de la Chine demeure préoccupante, notamment en raison de l’énorme endettement du pays. Tant que nous n’aurons pas plus de détails de la nouvelle administration américaine sur les politiques liées au commerce, à l’immigration et aux dépenses budgétaires, il sera difficile de quantifier les répercussions économiques potentielles.
L’inflation s’est améliorée de manière significative, mais les droits de douane pourraient compliquer les perspectives
L’une des conséquences positives de la hausse des taux d’intérêt est que l’inflation se rapproche sensiblement de 2 %. Selon l’IPC global aux États-Unis, l’inflation a chuté à 2,6 % après avoir atteint un sommet de 9,1 % à la mi-2022. Nous continuons à prévoir que les pressions sur les prix diminueront au cours de l’année à venir, ce qui permettra aux banques centrales de poursuivre l’assouplissement des restrictions monétaires (figure 3). Les progrès concernant l’inflation pourraient ralentir ou être temporairement inversés si Donald Trump instaurait des droits de douane importants, car les entreprises pourraient choisir de répercuter l’augmentation des coûts d’importation sur leurs clients. Dans un tel cas, les perspectives d’inflation seraient brouillées. En théorie, l’incidence des droits de douane sur l’inflation devrait être temporaire, mais même une hausse de courte durée pourrait avoir une influence significative sur la politique de la banque centrale.
Figure 3 : Mesures de l’inflation aux États-Unis
Les investisseurs revoient à la baisse leurs attentes concernant les futures réductions de taux
Les taux d’intérêt à court terme chutent actuellement et de nouvelles réductions sont prévues, même si les banques centrales restent très dépendantes des données. Le président de la Fed, Jerome Powell, a reconnu que les taux d’intérêt continueraient probablement à baisser, mais il a laissé entendre que les banques centrales pouvaient faire preuve de patience dans un contexte de données économiques solides. Les investisseurs en ont pris note, comme en témoigne l’évolution importante des attentes en matière de taux d’intérêt depuis septembre. Les prix des contrats à terme laissent maintenant supposer un taux des fonds fédéraux d’environ 3,75 % d’ici la fin de 2025, en hausse par rapport au taux de 2,75 % pris en compte à la mi-septembre (figure 4). Comparativement à il y a quelques mois seulement, les investisseurs s’attendent à un rythme d’assouplissement plus lent et, en fin de compte, à un taux final plus élevé pour le cycle actuel.
Figure 4 : Taux implicite des fonds fédéraux
Contrats à terme sur 12 mois
La remontée des taux des obligations d’État accroît le potentiel de rendement et réduit le risque de valorisation
Le marché des titres à revenu fixe a également connu une évolution importante, les taux ayant augmenté pour refléter un contexte de croissance plus forte, un potentiel de baisse limitée de l’inflation et un besoin moindre de réductions de taux énergiques. Par rapport à son creux de septembre, le taux des obligations américaines à dix ans a bondi de plus de 80 points de base pour passer brièvement à un peu plus de 4,40 %, son niveau le plus élevé depuis juillet. À ce niveau, le taux des obligations à dix ans est légèrement supérieur au point d’équilibre estimé par nos modèles, mais dans la fourchette que nous jugerions raisonnable compte tenu du contexte économique (figure 5). À la suite de l’épisode de ventes massives, le potentiel de rendement s’est amélioré, le risque de valorisation s’est atténué et, surtout, les obligations offrent une protection raisonnable contre la volatilité du marché des actions pour un portefeuille équilibré.
Figure 5 : États-Unis : taux des obligations du Trésor à 10 ans
Fourchette d’équilibre
Les actions poursuivent leur course aux records
Les actions mondiales ont continué sur leur lancée tout au long de l’automne, mais les rendements ont varié grandement selon les régions et les styles. L’indice S&P 500 a progressé de plus de 26 % depuis le début de l’année et, bien que les gains aient été concentrés au sein d’un petit groupe d’actions de sociétés technologiques à grande capitalisation au premier semestre de l’année, la reprise s’est amplifiée depuis l’été et d’autres segments du marché ont pris vie. Par exemple, l’indice S&P 500 Equal Weight a augmenté de plus de 18 % en cumul annuel, l’indice S&P 600 Small Cap, de 16 %, l’indice S&P 400 Mid Cap, de 21 % et l’indice composé TSX, de 16 %, tous ces rendements étant exprimés en dollars américains (figure 6). Toutefois, les gains réalisés à l’étranger ont été moins impressionnants et les penchants protectionnistes de Donald Trump pourraient faire obstacle aux marchés internationaux et émergents. L’indice MSCI Emerging Markets n’a augmenté que de 5 % en cumul annuel et l’indice MSCI EAFE n’a progressé que de 4 %. La variation des rendements signifie également que, si l’on observe nos modèles de valorisation, les actions américaines de sociétés à grande capitalisation sont particulièrement chères, notamment dans le segment des sociétés technologiques à grande capitalisation. Néanmoins, d’autres secteurs du marché mondial d’actions sont beaucoup plus raisonnablement évalués, ce qui laisse entrevoir un potentiel de rendement relativement intéressant (figure 7).
Figure 6 : Variations des cours des principaux indices en USD
Du 29 décembre 2023 au 29 novembre 2024
Figure 7 : Indice composite des marchés boursiers mondiaux
Indices des marchés boursiers par rapport au point d’équilibre
Les perspectives de bénéfices favorables dépassent le cadre du S&P 500
Le marché haussier pourrait se maintenir tant que les bénéfices sont en mesure de répondre aux prévisions optimistes des analystes. Les estimations générales tablent sur une croissance du bénéfice par action du S&P 500 de 8 % cette année, de 14 % l’an prochain et de 12 % en 2026. Ces chiffres ne sont pas impossibles à atteindre si l’économie croît à un rythme modéré et que les marges bénéficiaires s’élargissent grâce à une plus grande efficacité, des impôts réduits et des taux d’intérêt plus bas. Il est important de noter que non seulement le S&P 500 devrait afficher une croissance à deux chiffres des bénéfices l’an prochain, mais également les sociétés à petite et à moyenne capitalisation, les actions canadiennes et les marchés émergents (figure 8). Par conséquent, les investisseurs peuvent profiter d’une croissance des bénéfices attrayante à meilleur prix en dehors du S&P 500. Néanmoins, comme les valorisations et les prévisions de bénéfices sont élevées, les actions pourraient être vulnérables si les bénéfices sont décevants.
Figure 8 : Principaux indices boursiers
Perspectives générales concernant les bénéfices
Répartition de l’actif : ajout d’obligations au cours du trimestre, ramenant la répartition de l’actif à un niveau neutre
Dans notre scénario de base, l’économie continue de croître à un rythme modéré sur fond de conditions monétaires progressivement plus accommodantes. La baisse des taux d’intérêt à court terme devrait soutenir les obligations d’État, et comme les taux partent d’un niveau supérieur, les marchés des titres à revenu fixe offrent un potentiel de rendement raisonnable tout en ne présentant qu’un faible risque de valorisation. Par conséquent, nous avons ajouté un point de pourcentage à la pondération des titres à revenu fixe au dernier trimestre, éliminant ainsi notre sous-pondération précédente. Nous continuons de penser que les actions offrent un potentiel de rendement supérieur aux titres à revenu fixe, mais nous reconnaissons que les valorisations élevées des actions de sociétés américaines à grande capitalisation pourraient limiter la hausse. Notre pondération en actions demeure conforme à notre position stratégique neutre. Nous serions plus enclins à augmenter notre pondération en actions si nous constations un changement durable se traduisant par le remplacement des actions de sociétés technologiques à grande capitalisation par des actions des sociétés à petite et moyenne capitalisation, de valeur et internationales, dont les valorisations sont beaucoup plus intéressantes. Nos recommandations actuelles de répartition de l’actif d’un portefeuille équilibré mondial sont les suivantes : 60 % en actions (pondération stratégique « neutre » de 60 %), 38 % en obligations (pondération stratégique « neutre » de 38 %) et 2 % en liquidités (figure 9).
Figure 9 : Composition d’actifs recommandée
Comité des stratégies de placement RBC GMA
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